Jean-Charles de Castelbajac

Posca et collage sur impression papier 210g

H.73 x L.60,5 cm

H.89,5 x L.76 cm (avec cadre)

Bio

1949 Naissance à Casablanca (Maroc).

1970 Jean-Charles de Castelbajac présente sa première collection et y montre un manteau resté célèbre, coupé dans une couverture de pensionnaire.

1978 Il fonde sa maison de création éponyme pour laquelle il développe une ligne de vêtements masculins dès 1980. Cette année marque également le point d’ancrage de ses collaborations Art et Mode avec différents artistes tels que Robert Mapplethorpe, Cindy Sherman, Keith Haring entre autres.

1982 Il lance ses premières «robes-tableaux» et «robes graffitis» et débute une intense série de collaborations avec des artistes contemporains (Robert Combas, Ben, Annette Messager, Gérard Garouste, Hervé Di Rosa, Miquel Barcelo…).

1997 Il réalise des vêtements liturgiques pour le pape Jean-Paul II et 5500 ecclésiastiques, à l’occasion des XII Journées Mondiales de la Jeunesse, à Paris.

2006/2008 Deux rétrospectives lui sont consacrées, la première au Victoria & Albert Museum de Londres et la seconde au Musée de la mode de Paris sous l’intitulé Gallierock.

2009 Exposition Triumph of the sign à la galerie londonienne Paradise Row.

2015 Il réalise une fresque de 3200m2 sur la façade de l’aéroport Paris-Orly

Libération 2016

La liberté reprend des forces

Par Jean-Charles de Castelbajac (1949, France)

« Mon imaginaire visuel se nourrit de couvertures d’albums de musique et de unes de journaux. J’ai un rapport sentimental à la presse, mais ce qui a vraiment influencé ma vie, c’est le son. Cela a toujours été mon moteur. Kraftwerk, par exemple, me donne envie d’être debout, d’avancer. Michael Jackson est davantage le héros de mes fils que le mien, bien que j’apprécie sa présence spectaculaire et cérémonieuse. Je me souviendrai toute ma vie l’avoir entendu et vu chanter Dirty Diana. Il avait ce balancement du corps que j’ai retrouvé sur la une de Libération. Mais c’est sa dimension spectrale qui m’a plu ici. Michael Jackson émerge d’un grand aplat de noir, tel un fantôme incarnant la frontière entre le visible et l’invisible. Quand la liberté est en danger, beaucoup d’êtres ont l’instinct de se replier sur eux-mêmes. J’ai choisi de protéger le personnage de la liberté d’une couverture, un objet récurrent dans mes travaux. Elle prend ici la forme d’un rectangle jaune, qui crée un équilibre avec le drapeau bleu blanc rouge. Dans mon travail, je n’utilise que les trois couleurs primaires. Pour cette une, j’ai fait le choix du collage et de cet élément minéral et très fragile qu’est la craie. Le graffiti est mon moyen d’être et de communiquer depuis trente ans, et je souhaitais garder une certaine improvisation et imperfection, pour mieux faire ressentir mon geste. J’ai toujours aimé les images simples. Mon intervention sur cette première de couverture n’est ni cynique ni grinçante. Le registre est plutôt celui de la saudade, cette mélancolie emprunte de nostalgie, alliée à une conviction dans l’acte de résilience, qu’incarne l’ange gardien. Son œil se projette sur le drapeau : il veille sur la France et sur la liberté, comme le fait Libération. Je crois à la force de caractère de l’homme et à sa faculté de rebond. J’ai voulu donner à voir ce potentiel de renaissance : la liberté est en permanence mise à l’épreuve, mais elle “reprend des forces”. La mort de Michael Jackson représente la fin d’un monde de rêve, mais cette rupture est subjective, car la musique de l’icône pop est toujours là. J’aime parler des choses les plus graves avec poésie, car c’est ce qui inscrit les messages dans le temps. Mon travail est empreint d’espérance et d’utopie. Oui, ma vision du monde est positive, car je crois que les métiers de journaliste, d’artiste, peuvent participer d’une manière implacable à un monde de liberté. Ma une doit être davantage qu’une simple illustration, je veux qu’elle ait une force d’impact dans sa construction, je veux qu’elle interpelle.»

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